Internement : <i>passé et présent</i>
Excuses et réparations
Le fascisme au Canada
Personnes, lieux et termes clés
Étrangers ennemis
Les Italo-canadiens aujourd'hui
La libération
Le retour à la maison
Italophobie
Internées : <i>les femmes</i>
Combattre pour appartenir
Les oubliés : <i>familles et communauté</i>
Internés : <i>les hommes</i>
Pourquoi migrer?
La vie au Canada :
Vie communautaire
La montée du fascisme
L'anti-fascisme
L'escalade vers la guerre
D'après la loi
Sous surveillance
Devenir l'ennemi
Les camps d'internement
Réalité et fiction
Souvenirs de la Seconde guerre mondiale

L'histoire ne fait que se répéter...

Le passé du Canada montre une propension à interner les populations que le pays considère comme une menace pour la sécurité publique. Ce qui s’est produit pendant la Seconde guerre mondiale n’est pas un cas isolé.

Au nom des nécessités de la guerre et des situations d’urgence, les droits des individus ont été suspendus pour le bien général. Les répercussions de telles actions – détentions ou internements – constituent un défi permanent pour les démocraties modernes, y compris le Canada.

Dans une société démocratique, il y a de la place pour de multiples idées politiques, opinions et religions. Entretenir un point de vue favorable au fascisme, au communisme ou au fondamentalisme religieux n’est pas spécifique à certaines communautés. Cela ne fait non plus nécessairement d’une personne ou d’un groupe un risque sécuritaire.

Si la sécurité demeure dans l’intérêt de tous les Canadiens, nous devons tendre à un équilibre entre les droits des individus et la sécurité publique, équilibre qui devrait se maintenir pendant les périodes de crises.

Cela peut-il se reproduire? Tenter de répondre à cette question en toute honnêteté est le premier pas pour s’assurer que cela n’arrive plus jamais.

Internement : passé et présent

•  Pendant la Première guerre mondiale, plus de 8 500 personnes originaires des empires Austro-hongrois, allemand et ottoman, ainsi que du Royaume de Bulgarie ont été internées au Canada.

•  Les Italo-canadiens ne sont pas le seul groupe ethnique interné durant la Seconde guerre mondiale. Le gouvernement canadien a en effet ordonné l’internement d’environ 800 Germano-canadiens et 700 Nippo-canadiens. Par ailleurs, plus de 22 000 Nippo-canadiens ont été déplacés par la force. Des membres du Parti communiste du Canada et du Parti fasciste de l’unité nationale ont été également internés durant la guerre.

•  Dans les années 1950, le gouvernement canadien a compilé des listes de 16 000 individus soupçonnés d’être communistes et d’environ 50 000 sympathisants communistes. Connues sous le nom de PROFUNC (Prominent Functionaries du Parti communiste), les personnes figurant sur ces listes ont été arrêtées puis internées par précaution en cas de guerre entre le Canada et l’Union soviétique ou la Chine.

•  La loi sur les mesures de guerre* a été réintroduite en 1970 lors de la Crise d’octobre, lorsqu’un délégué commercial britannique et le Ministre du travail québécois ont été kidnappés par des membres du Front de Libération du Québec (FLQ). Près de 500 individus ont été arrêtés et détenus pendant jusqu’à trois semaines. Seuls 62 d’entre eux ont été déclarés coupables.

•  Il existe des parallèles entre ce qu’ont vécu les Italiens au Canada pendant la Seconde guerre mondiale et l’expérience des communautés canadiennes arabes et musulmanes après les attaques sur le World Trade Center à New York le 11 septembre 2001. Dans les deux cas, un environnent de peur et de xénophobie a conduit à des arrestations, du vandalisme et de la violence. Les actions en justice se sont traduites par des peines d’emprisonnement pour des Canadiens musulmans ou d’origine arabe pour des crimes liés au terrorisme. D’autres ont été incarcérés selon un certificat de sécurité* sans avoir vu de preuve à leur encontre ni avoir été jugés dans un tribunal. Par conséquent, des communautés entières ont été stigmatisées comme des ennemies de l’état canadien, alors que la majorité de ces individus étaient des citoyens respectueux de la loi.

•  En juin 2010, pendant le Sommet du G20 tenu à Toronto, plus de 1 100 personnes ont été internées pendant la fin de semaine, d’après la Réglementation 233/10 créée sous la loi sur la protection des ouvrages publics* existante. Cette réglementation désigne le centre-ville comme un ouvrage public, donnant ainsi à la police l’autorité de demander une identification et de fouiller des individus sans mandat, s’ils tentaient de pénétrer dans le périmètre. En cas de refus de fournir une preuve d’identité, la personne risquait l’arrestation. Toutefois, la manière dont la réglementation a été mise en œuvre a conduit à la plus grande vague d’arrestations de l’histoire du Canada. La plupart de personnes appréhendées ont d’ailleurs été relâchées sans procès.

Excuses et réparations

Les tentatives de réparations s’avèrent controversées au sein de la communauté italo-canadienne. Certains estiment que les Italo-canadiens devraient recevoir une compensation financière, ou au moins obtenir des excuses publiques du Premier ministre depuis la Chambre des communes. D’autres pensent qu’il est trop tard pour des excuses, maintenant que la majorité des étrangers ennemis sont décédés.

Des projets de dédommagement ont commencé après la Seconde guerre mondiale. D’anciens internés d’Hamilton et de Montréal ont aussi présenté une pétition au gouvernement canadien pour les salaires et les entreprises perdus ainsi que le trouble émotionnel subi. En vain.

En janvier 1990, le Congrès national des Italo-Canadiens (CNIC) a publié un rapport demandant au gouvernement fédéral de compenser les internés italiens autant que possible. Celui-ci préconisait également que le gouvernement présente ses excuses aux Italo-canadiens le traitement subi pendant la période des internements. Plus tard la même année, le Premier ministre Brian Mulroney a présenté des excuses lors d’un déjeuner tenu au nord de Toronto.

Dans le budget fédéral de 2005 du Premier ministre Paul Martin, le gouvernement canadien a mis de côté 25 millions de dollars pour les demandes de plusieurs communautés en quête de dédommagements pour internement, confiscation de propriétés et d’entreprises et aliénation. Connue sous le nom de Programme de reconnaissance, de commémoration et d’éducation, cette initiative n’a pas fourni les excuses officielles que beaucoup avait espérées ni de compensation aux familles touchées. Le fond avait plutôt pour dessein principal d’aider les projets éducatifs. Lorsque le gouvernement du Premier ministre Stephen Harper a pris ses fonctions en 2006, il a remplacé ce projet par le Programme de reconnaissance historique pour les communautés (PRHC), établi pour distribuer officiellement des fonds à des projets communautaires.

En 2009, Massimo Pacetti, député libéral pour Saint Léonard-Saint Michel, a présenté le projet de loi C-302 à la Chambre des communes. Ce projet de loi comprenait la création d’une fondation pour développer des supports éducatifs sur l’histoire italo-canadienne, à l’intention des écoles et centres culturels, ainsi qu’un timbre commémoratif. Cependant, le projet de loi C-302 n’a pas franchi les étapes nécessaires pour devenir une loi.

 

Sujets de réflexion

•  La période des internements demeure un épisode peu connu de l’Histoire canadienne, et ce même au sein de la communauté italo-canadienne. De fait, la majorité des Italo-canadiens d’aujourd’hui ont une histoire de famille de la guerre différente. Leurs histoires et anecdotes de la guerre tournent en effet autour d’expériences comme le service dans l’armée italienne, les séjours dans les camps britanniques de prisonniers de guerre, l’occupation et les patrouilles nazies, les bombardements des Alliés, les efforts de résistance, ainsi que la faim et les privations. Pour la majorité des Italo-canadiens, les événements qui se sont déroulés au Canada ne font pas partie de leur histoire « personnelle ».

•  En 1940, la communauté italienne de Montréal constituait la plus importante communauté du pays et la plus touchée par les internements et désignations pratiqués pendant la guerre. Aujourd’hui, Montréal se trouve derrière Toronto en termes de la taille de sa communauté italienne, essentiellement constituée d’immigrants de l’après-guerre. Par conséquent, la voix de la communauté de Toronto, avec ses intérêts et besoins, demeure la plus entendue en public.

•  La communauté italienne de l’après-guerre ne considère pas l’internement comme un chapitre de son histoire. Si des initiatives importantes ont été entreprises dans les années 1990, elles n’ont pas pris racine. Aucun dialogue véritable n’a eu lieu, ce qui empêche la communauté de défendre ses opinions de manière cohérente auprès du gouvernement et du public canadien.

Le fascisme au Canada

Le fascisme revêtait différentes significations pour les Italo-canadiens. Certains portaient des chemises noires et participaient activement à un groupe fasciste local appelé le fascio. Ces derniers croyaient en la philosophie politique et soutenaient les intérêts de l’état italien dans les affaires internationales. D’autres accueillaient volontiers les changements à leurs yeux positifs que Mussolini apportaient à l’Italie, dont la stabilité politique et économique, grâce à la création de projets d’infrastructure et l’augmentation de la production agricole. Les Catholiques dévoués, eux, félicitèrent Mussolini pour les Accords du Latran.

Le gouvernement fasciste de l’Italie considérait les émigrants comme des citoyens italiens, qu’ils aient été naturalisés ou non dans d’autres pays. À cause de cette politique, les consuls et vice-consuls au Canada cherchaient à séduire la communauté en promouvant une identité italienne reposant sur la propagande et la culture fasciste. Cette opération s’est traduite entre autres par l’achat ou la construction d’édifices connus sous le nom de Casa d’Italia, ainsi que le soutien à la presse pro-fasciste canadienne, sur le front financier et éditorial. Les consuls et vice-consuls géraient également la Gioventù Italiana del Littorio Estero et le Dopolavoro.

Le fascisme ne se limitait pas aux quartiers italiens. Pendant les années 1920 et 1930, il existait des organisations fascistes chez les Canadiens d’origines anglo-saxonne, française et allemande. Le leader fasciste le plus connu de l’époque était le Montréalais Adrien Arcand du Parti de l’Unité Nationale (PUNC). Arcand et les membres du PUNC seront d’ailleurs internés durant la Seconde guerre mondiale.
 

Personnes, lieux et termes clés

Accords du Latran : Trois accords ratifiés le 7 juin 1929 par le Royaume d’Italie et le Saint-Siège. Les accords du Latran ont fait du Vatican un état indépendant, affirmé le Catholicisme comme la religion d’État de l’Italie et entamé la résolution de demandes du Saint-Siège concernant la perte de biens et de territoires.

Adolf Hitler (1889-1945) : Chef du Parti nazi (1920-1945), nommé Chancelier de l’Allemagne en 1933 puis Président en 1934. Sous sa direction, l’Allemagne s’est réarmée et a envahi la Pologne en septembre 1939, fait déclenchant de la Seconde guerre mondiale. Hitler et l’antisémitisme du Partin, phénomène connu sous le nom d’Holocauste. Les camps de la mort nazis ont fait d’autres victimes, comme des prisonniers de guerre soviétiques, homosexuels, Roms, civils polonais, handicapés et opposants politiques. Hitler s’est suicidé en 1945 après l’invasion de Berlin par les forces soviétiques.

Adrien Arcand (1899-1967) et le National Unity Party (NUP) (1934-1940) : Journaliste et activiste de Montréal, Arcand a dirigé plusieurs groupes fascistes au cours de sa vie, en particulier le National Unity Party (NUP). Admirateur d’Adolf Hitler, il partageait le point de vue antisémite du dictateur. Arcand et d’autres membres du NUP ont été internés pendant la Seconde guerre mondiale.

Benito Mussolini (1883-1945) : Ancien socialiste devenu fasciste nationaliste et militariste pendant la Première guerre mondiale. Mussolini fut également l’un des membres fondateurs du Parti national fasciste (Partito Nazionale Fascista, PNF). Alors que le PNF gagnait en puissance, le Roi italien Vittorio Emanuele III a invité Mussolini à former un gouvernement, marquant ainsi le début des 21 ans de règne d’Il Duce. À la suite de l’invasion de l’Italie par les Alliés à l’été 1943, Mussolini fut d’abord emprisonné, avant d’être libéré par des forces spéciales allemandes et installé comme Chef de l’État de la République sociale italienne – partie de l’Italie sous l’occupation allemande – dont le quartier général se trouvait à Salò en Lombardie. En avril 1945, Mussolini a dû fuir Salò à cause de l’avancée des Alliés. Alors qu’il tentait de rejoindre la Suisse, il fut capturé par des partisans italiens et exécuté. Son corps fut ensuite emmené à Milan et exposé dans une station-service pour confirmer sa mort.

Camp d’internement/Camp de concentration : Le terme « camp de concentration » faisait référence à tout camp où étaient détenus de grands nombres de civils. Après la Seconde guerre mondiale, « concentration camp » désignait spécifiquement un camp créé par les Nazis pour exterminer Juifs, Roms, communistes et autres. Le terme « camp d’internement » a ensuite été utilisé pour distinguer les camps qui accueillaient les prisonniers de guerre des camps de la mort nazis.

Casa d’Italia : Centre italien social et politique qui accueillait des organisations fascistes telles que le dopolavoro, la Gioventù Italiana del Littorio Estero et le fascio local. Les Casa d’Italias offraient également des locaux à l’Ordre des fils de l’Italie, à des groupes musicaux et à des troupes de théâtre. Construits pendant les années fascistes, ces édifices affichaient souvent des symboles cette idéologie. La Casa d’Italia d’Hamilton, par exemple, arborait sur son sol les symboliques faisceaux (fagots).

Certificat de sécurité : Moyen actuel du gouvernement canadien pour déporter des non-citoyens considérés comme une menace pour la sécurité nationale.

Cinquième colonne : Terme inventé en 1936 lorsqu’Emilio Mola (1887-1937), général nationaliste durant la guerre civile d’Espagne (1936-1939), a fait remarquer que les quatre colonnes de ses forces en dehors de Madrid seraient soutenues par une « cinquième colonne » de ses sympathisants à l’intérieur de la ville. Largement utilisé en Grande-Bretagne au début de la Seconde guerre mondiale pour expliquer l’internement de ressortissants allemands, le terme est ensuite devenu monnaie courante aux États-Unis et au Canada.

Communisme : Mouvement politique, social et économique à gauche de l’éventail politique dont le but consiste à créer une société sans classe, et dans l’absolu sans état, dans laquelle le travail rémunéré et la propriété privée seraient abolis, et dans laquelle toutes les terres, les ressources et les articles fabriqués par l’homme seraient partagés par la communauté.

Consulaire : Adjectif décrivant les services fournis par un pays à ses citoyens installés à l’étranger. Ce réseau comprend les ambassades, hautes commissions et consulats dirigés par des consuls à titre honorifique – dans ce contexte, ce terme désigne un représentant politique italien officiant comme président d’un bureau consulaire. Ces bureaux fournissaient divers niveaux de services aux immigrants à l’étranger, comme des services de passeports, de papiers de citoyenneté, de rapatriement, de programmes d’études en Italie, et autres.

Dopolavoro : Organisation fasciste récréative et sociale fondée en 1925 en réponse aux ligues culturelles socialistes en Italie. Le dopolavoro offrait à ses membres des activités sportives et en plein air, ainsi que l’accès à des bibliothèques fournies en ouvrages fascistes. La mission du dopolavoro consistait à rallier les Italiens à la cause du mouvement fasciste et à trouver des recrues potentielles pour le fascio. Toutefois, de nombreux membres s’y inscrivaient pour ses activités de divertissement et non pas nécessairement pour sa politique fasciste. Si le dopolavoro a vu le jour en Italie, il a été exporté dans les pays où se trouvaient des communautés italiennes. Au Canada, ce sont les représentants consulaires italiens qui régissaient le dopolavoro.

Étranger ennemi : Terme généralement utilisé pour désigner des individus issus de nations en guerre contre le Canada et qui habitaient au Canada pendant la Seconde guerre mondiale. Dans ce contexte, le terme fait référence aux citoyens italiens et aux Italiens nés en Italie mais naturalisés sujets britanniques après le 1er septembre 1922. Dans certains cas, même des Italiens nés au Canada furent désignés comme étrangers ennemis. Ces derniers devaient donc se signaler chaque mois à leur détachement local de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Fascio : Groupe associé au Parti fasciste d’Italie par son mandat et son financement et lié au travail des représentants diplomatiques italiens de l’époque dans les villes du Canada. Les fascios étaient souvent baptisés en l’honneur d’une personne importante du mouvement fasciste. Ainsi, le Circolo Giulio Giordani de Vancouver tirait son nom d’un avocat de droite et ancien combattant décoré de la Première guerre mondiale tué dans une fusillade entre fascistes et socialistes.

Fascio Femminile : Section féminine du fascio.

Franklin D. Roosevelt (1882-1945) : 32e Président des États-Unis (1933–1945). Officiellement, les États-Unis sont restés neutres au début de la Seconde guerre mondiale, jusqu’au bombardement de Pearl Harbour par les Japonais le 7 décembre 1941. Après cette date, Roosevelt a travaillé en étroite collaboration avec Winston Churchill pour le Royaume-Uni et Joseph Stalin pour la Russie (1878-1953), dirigeant ainsi les Alliés contre l’Allemagne et le Japon pendant la Seconde guerre mondiale.

Gendarmerie royale du Canada (GRC) : Formée en 1920 par la fusion de la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest (RGCNO, fondée en 1873) et de la Police fédérale (fondée en 1868), la GRC constitue la force nationale de police du Canada. Avant 1984, le Service de sécurité de la GRC supervisait l’intelligence et la contre-intelligence politique spécialisées, avant d’être plus tard remplacé par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Giacomo Matteotti (1885-1924) : Socialiste italien élu par la Chambre de commerce italienne. Il s’exprimait publiquement contre le fascisme. En 1924, Matteotti fut enlevé et assassiné par des fascistes.

Giovanni Giolitti (1842-1928) : Élu Premier ministre de l’Italie à cinq reprises entre 1892 et 1921. Décrit comme un libéral aux tendances de gauche, Giolitti a accompli des réformes sociales, des projets d’infrastructure et la nationalisation du système téléphonique et des chemins de fer. Giolitti a également tenté de rallier des opposants en les invitant à rejoindre son projet politique, une tactique qu’il emploiera d’abord avec les socialistes, puis plus tard avec les fascistes.

Gioventù Italiana del Littorio Estero (GILE) : Branche de la GIL à l’étranger, organisation de jeunesse fasciste montée par le PNF en Italie le 29 octobre 1937. Fondée sur la discipline militaire, la GILE avait pour vocation de faire aimer l’Italie aux jeunes et de développer les futures générations de fascistes. L’organisme offrait des activités récréatives aux filles et garçons de 6 à 18 ans.

Giuseppe Mazzini (1805-1872) : Politicien et activiste italien qui a joué un rôle crucial dans l’unification de l’Italie. Dès son plus jeune âge, Mazzini pensait que l’Italie devait devenir une république démocratique unifiée. Mazzini est souvent décrit comme « l’âme de l’Italie ».

Guerre d’Éthiopie (1935-1936) : Officiellement connue sous le nom de Seconde guerre italo-éthiopienne, elle a commencé le 3 octobre 1935 lorsque les forces italiennes d’Érythrée ont envahi l’Éthiopie (ancienne Abyssinie). Malgré le fait que la Société des Nations comptait les deux pays parmi ses membres, l’organisation a pris du temps à imposer des sanctions à l’Italie et a manqué de force pour faire appliquer ces dernières. Le 5 mai 1936 quand les forces italiennes ont pris possession de la capitale d’Addis Ababa, toutes les sanctions ont été abandonnées et l’Éthiopie a été fusionnée avec d’autres colonies italiennes pour devenir l’Afrique orientale italienne. L’entité fut désassemblée par les Alliés en 1943.

Italo-canadien : De bien des façons, ce terme reste problématique. Pendant la Seconde guerre mondiale, la citoyenneté canadienne n’existant pas, ceux qui étaient nés au Canada ou qui avaient été naturalisés avaient le statut de sujet britannique. De plus, certaines personnes internées ou qui devaient de signaler régulièrement auprès de la police avaient gardé leur citoyenneté italienne. Nous avons décidé d’utiliser le terme « Italo-canadien » pour inclure tous les Italiens résidant au Canada dans les années 1940, avant la création de la citoyenneté en 1947.

James Duncan Hyndman (1874-1971) : Ancien juge de la Court Suprême de l’Alberta nommé par le Ministre de la justice du Canada pour examiner les cas d’internés faisant objection à leur internement.

Marche sur Rome : Cette marche fut organisée par les membres du Partito Nazionale Fascista du 22 au 29 octobre 1929. À l’issue de cette démonstration de force des fascistes, le Roi Vittorio Emanuele III a demandé à Benito Mussolini de prendre les rênes du pays.

Ordre des fils de l’Italie : Fondé en 1905 par le Dr. Vincent Sellaro (1868-1932) dans la ville de New York, l’Ordre fonctionnait comme une association d’aide mutuelle destinée aux individus d’origine italienne. La première loge canadienne de cette organisation fraternelle fut fondée à Sault Ste. Marie en 1915. Dans les années 1930, les Fascistes ont tenté de prendre le contrôle de l’organisme.

Ordre des Italo-canadiens : Association caritative créée en 1929 à Montréal et composée de plusieurs loges antifascistes qui avaient quitté les Fils de l’Italie à cause de l’interférence fasciste croissante.

Organizzazione per la Vigilanza e la Repressione dell'Antifascismo (Organisation de vigilance et de répression de l’antifascisme, OVRA) : Fondée en 1927, cette organisation servait de police secrète sous le gouvernement fasciste italien. Des agents rémunérés étaient soupçonnés d’infiltrer d’autres groupes et organisations pour signaler et mettre fin à toute activité ou tout effort antifasciste.

Paesani : Terme utilisé pour décrire des personnes originaires du même village en Italie. Peut parfois désigner des Italiens de la même région (par exemple, deux personnes issues de villages différents des Abruzzes peuvent s’appeler « paesani »). Cette seconde définition est la plus courante parmi les immigrants italiens.

Partito Nazionale Fascista (Parti national fasciste) : Parti politique fasciste dirigé par Benito Mussolini, au pouvoir en Italie de 1922 à 1943.

Risorgimento : En français « renaissance » ou « résurrection », ce terme fait référence au violent processus d’unification des royaumes séparés de la péninsule italienne en un seul état en 1861.

Roi Vittorio Emanuele III (1869-1947) : Membre de la maison de Savoie et Roi d’Italie du 29 juillet 1900 au 9 mai 1946. Il a invité Benito Mussolini à former un gouvernement en 1922.

Séquestre des biens ennemis (SBE) : Branche du gouvernement canadien responsable de l’administration des biens appartenant aux internés et autres étrangers ennemis. L’hon. Pierre Casgrain portait les titres de Séquestre des biens ennemis et Secrétaire d’État. Le bureau avait une double-fonction : jouer le rôle de fiduciaire pour l’interné/étranger ennemi et protéger les intérêts des créditeurs. Le SBE soldait les dettes d’un interné en vendant ses biens ou son entreprise. Il recueillait également l’argent dû aux internés par d’autres personnes. Chaque cabinet de comptabilité employé par le SBE facturait ses frais administratifs à l’interné, bien que les internés n’aient pas sollicité l’intervention du SBE.

Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) : Créé en 1984, cet organisme est chargé de la protection de la sécurité nationale du Canada contre les menaces internes et externes. Sa mission première est l’intelligence plutôt que l’exécution de la loi. Dans cette optique, le SCRS mène des enquêtes de sécurité nationale et recueille de l’information sécuritaire au Canada comme à l’étranger.

Socialisme : Philosophie politique qui préconise un système économique où les moyens de production appartiennent à tous ou à l’État. Le socialisme propose une organisation sociale plus équitable et non-hiérarchisée.

La Società di Mutuo Soccorso la Trinacria : Association caritative établie par des immigrants siciliens. Il s’agit de l’un de plus anciens organismes de Toronto.

Société des Nations : Organisation internationale fondée après la Première guerre mondiale pour prévenir les guerres et résoudre les conflits internationaux. Signé en 1919 par les 32 nations participantes, l’accord déclarait qu’une attaque perpétrée sur l’un des membres de la Société constituerait une attaque sur tous ses membres et résulterait en une action commune contre l’agresseur. La Société fut remplacée par les Nations Unies en 1946.

Traité de Versailles : Traité signé par l’Allemagne et les Alliés le 28 juin 1919, mettant fin à la Première guerre mondiale. Selon les termes du traité, l’Allemagne a dû accepter l’entière responsabilité du conflit, verser des réparations importantes et se désarmer.

William Lyon Mackenzie King (1874-1950) : Premier ministre canadien resté le plus longtemps au pouvoir, il a servi trois mandats entre 1921 et 1948. Chef du Parti libéral des années 1920 aux années 1940, King a dirigé le Canada pendant la Seconde guerre mondiale. En 1937, King est le seul chef de gouvernement d’Amérique du Nord à se rendre en Allemagne pour rencontrer Adolf Hitler. Dans les années 1930, alors que l’Allemagne a commencé à se réarmer, King informe le gouvernement britannique que le Canada demeurera neutre et n’entrera en guerre que si la Grande-Bretagne était directement attaquée. Cependant, en août 1939, se rendant compte qu’une guerre de grande envergure se prépare, King commence à mobiliser les troupes canadiennes. Tout au long de la guerre, King et Roosevelt ont travaillé côte à côte pour assurer une étroite coopération entre les forces canadiennes et américaines.

Winston Churchill (1874-1965) : Dans les années précédant la 2nde guerre mondiale, Churchill avait clairement exprimé le danger représenté par Adolf Hitler et la nécessité que la Grande-Bretagne se réarme. Lorsque la guerre éclate, il est nommé « First Lord of the Admiralty » (premier seigneur de l’amirauté), un rôle qu’il avait endossé lors de la Première guerre mondiale. Le 10 mai 1940, le Premier ministre Neville Chamberlain (1869-1940) démissionne officiellement. Churchill devient alors le Premier ministre conservateur et restera à la tête du Royaume-Uni pendant toute la Seconde guerre mondiale.

Étrangers ennemis

Tous les Italo-canadiens considérés comme une menace pour le Canada ne furent pas internés. En effet, environ 31 000 hommes, femmes et enfants furent enregistrés comme étrangers ennemis avec obligation de se signaler chaque mois auprès d’autorités locales appelées registres. Nommés par le Ministre de la justice, les registraires étaient des officiers de police provinciaux ou municipaux ainsi que des commis des postes. Chaque étranger ennemi devait répondre à une série de questions, principalement sur son âge, adresse, lieu de travail et nombre de parents. 

Il reste des zones d’ombres concernant la façon dont les autorités choisissaient les personnes devant se signaler régulièrement. Ceux qu’on libérait après la première arrestation signaient un formulaire déclarant qu’ils obéiraient aux lois du Canada, qu’ils ne poseraient pas d’obstacle à l’effort de guerre et qu’ils se signaleraient tous les mois. Les personnes naturalisées et parfois celles nées sur le sol canadien devaient se soumettre à cette obligation.

Ce processus manquait de cohérence. En effet, certaines personnes se rendaient à leur commissariat local où on leur annonçait qu’ils n’auraient pas besoin d’y revenir, alors que d’autres devaient continuer à se signaler. Ceux qui se présentaient mensuellement étaient obligés, selon les Règlements concernant la défense du Canada, de porter un « document d’identification ». La nature de ce document pouvait varier, allant d’un certificat de parole signé par le registraire à une carte d’inscription identifiant le porteur comme étranger ennemi.

Les Italo-canadiens aujourd'hui

Gens d’affaires, professionnels talentueux, artistes et innovateurs dans tous les domaines… aujourd’hui, les Italo-canadiens font incontestablement partie d’un groupe florissant.

Cependant, dans le sillage de la guerre, la communauté italo-canadienne a commencé à se fragmenter, ses membres vivant dans la crainte de redevenir la cible du gouvernement canadien. Les personnes affectées par la loi sur les mesures de guerre tentèrent de retrouver une vie normale au plus vite, tandis que d’autres décidèrent d’angliciser leur nom pour échapper au stigmate associé au fait d’être Italien.

Une fois libérés, de nombreux internés et leur famille n’eurent d’autre choix que de repartir à zéro. Les Italo-canadiens ont aussi travaillé fort à reconstruction de leurs organisations communautaires.

La vague importante de nouveaux immigrants italiens a aussi apporté des changements. Dans la période de l’après-guerre, de 1950 à 1970, le Canada a accueilli la vague d’immigrants italiens la plus importante de son histoire. Approchant les 500 000 personnes, celle-ci a surpassé le nombre total d’immigrants antérieurs et a commencé à redéfinir la notion même d’Italo-canadien.

Si quelques Italo-canadiens ont hésité à s’associer aux « nouveaux » Italiens, la majorité de la communauté existante a bien accueilli les nouveaux arrivants. En œuvrant de manière unie, la communauté a bénéficié du boum de l’après-guerre du Canada, ainsi que de l’approbation du gouvernement concernant la loi sur le multiculturalisme. Les Italo-canadiens ont commencé à être associés à des valeurs familiales fortes et une éthique de travail à toute épreuve, qualité qui a d’ailleurs joué un rôle important dans la construction d’infrastructures citadines et dans le secteur de la construction en général. Bien que les Italo-canadiens rencontrent toujours le défi de stéréotypes néfastes, ils ont prospéré et sont maintenant fermement établis au Canada.

 

Réalités d l'après-guerre

•  Tous les internés ont vu leurs biens passer sous le contrôle du Bureau du séquestre des biens ennemis. Dans certains cas, les propriétés et biens personnels de l’interné ont été vendus à une fraction de leur valeur. Par ailleurs, bien que certains internés aient pu retrouver leur emploi, un grand nombre a dû chercher un nouveau travail.

•  Les bâtiments de la Casa d’Italia ont été saisis par le gouvernement canadien en juin 1940. En 1947, la communauté italo-canadienne de Montréal a déposé avec succès une pétition pour qu’on leur rende la Casa d’Italia sur la rue Jean Talon. À Toronto, en 1962, au terme d’un long combat, la Casa d’Italia de Beverly St. Est est revenue à la communauté. L’Ordre des fils de l’Italie a recommencé à se réunir. Toutefois, nombre des anciens membres craignaient de réintégrer l’organisation, de peur que leur statut de membre d’un tel groupe puisse être à nouveau utilisé contre eux.

• Après avoir vu leur terre natale déchirée par la Seconde guerre mondiale, de nombreux Italiens ont émigré dans le but d’échapper à des conditions économique difficiles. Les immigrants de l’après-guerre gravitaient autour des Petites Italies. Ces espaces leur permettaient en effet de rencontrer d’autres nouveaux arrivants italiens et de préserver leur culture et leurs traditions. Une nouvelle langue a ainsi vu le jour : « l’Italiese », mélange d’italien et d’anglais. En 1980, la communauté italo-canadienne constituait le groupe le plus important du Canada, après les Anglo- et Franco-canadiens. La plupart de ces immigrés se sont établis dans la région du Grand Toronto, signe d’un transfert de leur « base » de Montréal, qui accueillait la plus grande communauté italienne du Canada avant la guerre.

La libération

La libération du camp pouvait s’effectuer de plusieurs manières :
 

Enquête

Selon les Règlements concernant la défense du Canada, après 30 jours, l’interné pouvait faire officiellement objection à sa détention auprès d’un comité consultatif du Ministre de la justice. Le Ministre de la justice nommait ensuite un juge pour passer en revue le cas de l’interné. Cela passait par un examen des preuves de la GRC contre l’interné, des entretiens avec l’interné et des entrevues avec des témoins pouvant attester du caractère de l’interné. Au terme de ce processus, le juge pouvait alors recommander au Ministre de la justice soit la libération de l’interné, soit la poursuite de l’internement. L’un de ces juges, J.D. Hyndman, demandait souvent la libération des internés avec qui il s’était entretenu.

Les internés les plus aisés avaient les moyens d’engager des avocats pour les représenter pendant ces audiences. Toutefois, la majorité des internés ne pouvaient bénéficier de conseil juridique.
 

Motifs de compassion

Une libération pour motifs de compassion pouvait se produire si un interné était malade, avait subi une amputation ou souffrait de paralysie partielle. Ernesto Alovisi de Montréal, par exemple, avait subi une opération relative au traitement de son cancer avant son internement. Parce que la vie dans le camp affectait son rétablissement, il fût libéré au bout de sept semaines.
 

Arrestation par erreur

Agostino Badali, un vendeur de fruits ambulant de 40 ans originaire de Toronto, a été arrêté et interné par erreur parce qu’il portait le même nom qu’un fasciste 25 ans, lui aussi de Toronto. Badali se trouvait en camp depuis trois semaines lorsque l’on a détecté l’erreur. Sa libération a suivi une semaine plus tard. Pendant ce temps, le jeune Agostino Badali a lui aussi été arrêté, puis envoyé à Petawawa, où il est resté jusqu’en décembre 1941.
 

Dans quelques cas, des internés libérés furent réinternés, parfois parce qu’ils ne suivaient pas correctement les conditions de leur libération, comme les rapports à la GRC avant de quitter leur ville d’origine.

La plupart des Italo-canadiens ont été relâchés bien avant la fin de la guerre. Les derniers furent libérés en juillet 1945.

Le retour à la maison

Difficile d’imaginer l’impact émotionnel de l’internement sur les détenus et leur famille. Les retours à la maison furent pleins d’émotion et de larmes, de joie, de soulagement et parfois d’angoisse. Les internés ont dû réapprendre à connaître une épouse et des enfants qu’ils n’avaient pas vus depuis un an ou plus. Après les retrouvailles, les familles tentaient de leur mieux de retrouver la routine, le travail, leur entreprise, leur vie de famille.

Cependant, de nombreux internés ont souffert. Les plus âgés ont souvent dû faire face au chômage de longue durée ainsi qu’à la perte de leur statut de leader dans leur communauté. Le défi de rebâtir leur vie a laissé à quelques uns une certaine amertûme envers l’internement. Certains pères sont revenus du camp changés, plus stricts et moins affectueux. D’autres n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes. Des changements physiques étaient aussi perceptibles, entre la perte de poids et les chevelures blanchies.

Une minorité des internés ont trouvé leur séjour en camp tolérable, prenant le bon côté du fait d’être nourris, logés et loin des difficultés quotidiennes de la vie d’immigrant. Malgré ces regards différents, tous les internés ont en commun leur refus d’évoquer l’internement avec leur famille, préférant oublier ce chapitre. Certains se rappellaient leur expérience au « collège » avec leurs compagnons d’internement. Mais généralement il n’y avait aucune discussion sur le sujet. Ainsi, dans de nombreuses familles, l’internement était tabou.

Italophobie

Comme les autres groupes d’immigrants, les Italiens ont rencontré de la discrimination à leur arrivée au Canada à la fin du dix-neuvième siècle. Leurs langue, coûtumes et nourriture paraissaient étranges à une sociéte canadienne hostile. On a alors stéréotypé les Italiens comme des personnes trop passionnées, violentes et enclines aux activités criminelles.

Suite à la déclaration de guerre de Mussolini, le sentiment anti-italien a été exacerbé. En plus de leur designation d’étrangers ennemis, les Italo-canadiens ont en effet commencé à perdre leur emploi et subir des attaques physiques et des injures racistes. Certains magasins italiens étaient même boycottés et leurs vitrines vandalisées.

L’internement a suscité des réactions mitigées au sein de la communauté italo-canadienne. En effet, certains Italo-canadiens ont alors commencé à éviter leurs amis qui avaient un parent interné. D’autres, en revanche, offraient à ces personnes un soutien moral et financier. Ainsi, certains propriétaires de boutiques faisaient crédit à ces familles tandis que des voisins apportaient de la nourriture à ceux dans le besoin.

Toutefois même lorsque le sentiment anti-italien se trouvait à son comble, des non-Italiens se sont élevés contre la discrimination à l’égard des Italo-canadiens. Ainsi, des articles du magazine Saturday Night ont remis en doute la légitimité d’interner des Canadiens d’origines italienne et allemande sans procédure en bon et dûe forme. Cependant, de nombreuses personnes ont également insisté sur le bien-fondé des mesures entreprises à l’encontre des Italo-canadiens.

Dans diverse villes, les Italo-canadiens se rassemblaient en public pour montrer leur loyauté au Canada. Les membres d’un rassemblement à Timmins, en Ontario, on ainsi passé une résolution selon laquelle : « Les Italo-canadiens … rassemblés ici … réaffirment leur complète loyauté à leur terre d’adoption et attestent de leur volonté de servir dans toute éventualité – de se battre et périr au besoin – pour la Couronne britannique » (Timmins Daily Press, le 19 juin 1940).

Internées : les femmes

Pendant la Seconde guerre mondiale, 21 femmes ont été internées : 17 Germano-canadiennes et 4 Italo-canadiennes. Ces dernières ont été envoyées à la prison pour femmes de Kingston en Ontario et détenues dans une aile séparée connue sous le nom de « quartiers d’internement ». On pensait que ces femmes s’y trouveraient plus à l’aise qu’en camp. Du fait du nombre limité d’internées, la prison représentait également une solution moins onéreuse que la construction d’un camp pour femmes.

Les femmes avaient la possibilité de travailler en prison. Si elles percevaient une rémunération, les sommes exactes demeurent inconnues. On sait qu’au moins une Italienne travaillait dans les cuisines.

Les internées recevaient des lettres et des colis de réconfort de leurs proches. Les membres de la famille pouvaient leur rendre visite en prison, mais les rencontres étaient limitées à 15 minutes et supervisées par un garde. Si la conversation s’effectuait en italien, un traducteur était fourni aux frais de l’internée.

Les femmes avaient également accès à la radio, sous stricte surveillance, dans un espace commun proche de leurs cellules. Les activités récréatives comprenaient des loisirs créatifs tels que le tricot, ainsi que des parties d’échecs chinois et des balades hebdomadaires dans la cour de la prison. La prison abritait également une bibliothèque. Pendant Noël, les femmes recevaient une allocation journalière à dépenser en nourriture et divertissements supplémentaires.

 

PROFILS 
 

Maria Egilda Fontanella

Installée au Canada depuis 1924, Fontanella a tenté d’obtenir sa naturalisation en 1939. Mais sa candidature a été rejetée à cause de son ancien emploi comme secrétaire du secrétaire du Fascio Femminile de Toronto. Fontanella avait 55 ans quand elle a été internée pendant cinq mois.
 

Luisa Guagneli

Arrivée au Canada en 1925, Guagneli s’est mariée la même année. Elle avait 41 ans lorsqu’elle a été internée, le 14 septembre 1940. Femme au foyer, Guagneli faisait du bénévolat à l’école italienne et était présidente de la section féminine de l’Ordre des fils de l’Italie, activités qui ont conduit à ses cinq mois d’internement.
 

Verna Lo Bosco

Verna Lo Bosco de Welland a vu le jour au Canada en 1911. Elle était comptable dans une brasserie locale et enseignait l’italien. Ses activités d’enseignante lui ont valu un voyage en Italie parrainé par le gouvernement fasciste en 1938. Ce voyage et sa couverture dans le journal Il Bollettino ont été utilisés par la GRC pour justifier l’internement de Lo Bosco. Elle a passé près de dix mois à la Prison pour femmes de Kingston.
 

Maria Pressello

Maria Pressello était veuve et âgée de 53 ans lorsqu’elle a été internée. Des quatre Italiennes internées, c’est elle qui a passé le plus de temps dans la Prison pour femmes de Kingston, avec pas loin de 131 mois de détention. Il n’existe aucune preuve de son implication dans quelque organisation fasciste qu’il soit.
 

Détenues – 9

Fosca Giubilei
Giuseppina Di Ioia
Antonietta Mancuso
Rosa Spinelli
Carmela Frascarelli
Maria Spaziani
Filomena Riccio
Etelvina Frediani
Francesca Olivieri

Combattre pour appartenir

Les Italo-canadiens se sont inscrits dans l’armée canadienne après la déclaration de guerre contre l’Allemagne. La plupart d’entre eux étaient motivés par leur sentiment de devoir envers le Canada, tandis que d’autres cherchaient l’aventure ou l’argent, ou entraient dans l’armée simplement pour suivre des amis.

Si la décision de certains Italo-canadiens de rejoindre les rangs a permis de réduire le stigmate de l’étranger ennemi, l’hostilité à l’encontre des Italiens a persisté au sein de l’armée canadienne. 

On a demandé aux hommes internés dans leur vingtaine de prouver leur loyauté envers le Canada et de regagner leur liberté en s’inscrivant dans l’armée. On ne sait pas si certains ont accepté. Certains ont refusé par peur de se battre contre des proches en Italie.

 

Loyauté divisée

De façon ironique, certains Italo-canadiens engagés dans l’armée avaient leur père interné en camp. Le détenu Libero Sauro, par exemple, avaient cinq fils dans l’armée. Même des étrangers ennemis s’engageaient, comme Joseph Brescia de Thunder Bay, qui devait encore se signaler chaque mois alors qu’il se trouvait en formation militaire.
 

Les oubliés : familles et communauté

La majorité des internés étaient des hommes avec une famille à charge dont ils représentaient la seule source de revenus. Les biens de la plupart des internés étaient saisis par le Bureau du séquestre des biens ennemis et les comptes en banque gelés. Les épouses, ou d’autres membres de la famille, devaient déposer une demande auprès du gouvernement pour accéder aux fonds. Dans ces conditions, les femmes faisaient de leur mieux pour joindre les deux bouts : elles travaillaient commes couturières, offraient des services de lessive et de ménage, et prenaient des pensionnaires. En l’absence de leur mari, elles géraient aussi l’entreprise familiale sous la supervision du gouvernement.

Les familles ont dû s’adapter au traumatisme de voir leur conjoint ou parent arrêté par la police avec peu, voire pas d’explication du tout. Dans certains cas, les familles ne savaient rien de la situation de leur proche pendant plusieurs semaines. Les nouvelles de l’internement n’arrivaient que lorsque les internés envoyaient des lettres depuis le camp.

Les familles tentaient activement de faire libérer leur proche en contactant des avocats, prêtres et députés locaux. Cependant, certaines personnes tentaient de tirer profit de la souffrance des familles d’internés. À Guelph par exemple, quelqu’un a demandé une large somme au père d’un interné pour faire libérer ce dernier. Des tels épisodes se sont aussi produits à Windsor et Montréal.

Internés : les hommes

Les internés étaient envoyés dans les camps en train. À leur arrivée, ils remettaient tous leurs objets personnels et recevaient deux tenues d’interné : l’une d’été, l’autre d’hiver. Cela comprenait un manteau d’hiver, des bottes de travail, des chaussettes en laine, des sous-vêtements, une casquette épaisse et une autre plus lègère. Les vêtements étaient bleus, à l’exception d’un grand cercle rouge au dos de chaque chemise et manteau. Ces cercles servaient de cible en cas de tentative d’évasion. Le pantalon d’un interné avait une ligne rouge de la hanche au bas de la jambe, ligne que l’on retrouvait d’ailleurs sur les casquettes, de la partie inférieure à la visière.

Une fois l’interné dans son uniforme, il apparaissait devant le commandant du camp* pour passer en revue le réglement. Chaque groupe dans le camp (allemand, italien, anti-fasciste) avait un porte-parole reconnu par le Ministère de la justice à Ottawa, présent au cours de la première rencontre avec le commandant. Le porte-parole constituait le point de contact entre les internés et le commandant du camp. Il transmettait les ordres du commandant aux internés, organisait régulièrement des réunions avec les chefs de cabanes et distribuait leur courrier aux internés. À Petawawa et Fredericton, c’est l’avocat montréalais Mario Lattoni qui jouait ce rôle. Kananaskis avait pour porte-parole Ennio Fabri, avocat à Vancouver.

La vie dans les camps était conçue sur la discipline militaire et extrêmement réglementée. Les internés saluaient tous les officiers à partir du rang de sergent-major et s’adressaient à eux en disant « Chef ».

 

Travail

Parmi les internés, on retrouvait agriculteurs, tailleurs, ouvriers du bâtiment, prêtres, docteurs, avocats, criminels déclarés coupables et individus soupçonnés d’activités criminelles.

Les internés de moins de 60 ans effectuaient des travaux manuels ou du travail relatif à leur métier. Les travaux manuels comprenaient la réparation de routes, la coupe de bois pour la cuisine et le chauffage, ainsi que l’entretien du camp. Dominic Nardocchio, cordonnier de formation, réparait les bottes des internés et des gardes, alors que le Dr Luigi Pancaro, lui, travaillait à l’infirmerie de Petawawa. 

D’autres œuvraient là où il y avait besoin. Dans la cuisine, par exemple, on trouvait des chefs et des cuisiniers ainsi que des personnes sans expérience dans la préparation de repas. Par ailleurs, les internés ne travaillaient pas tous les jours.

Les internés étaient rémunérés 25 cents pour une journée de travail, argent qui pouvait servir à acheter des produits tels que du dentrifice ou des cigarettes à la cantine du camp.
 

Nourriture

Les internés recevaient trois repas par jour. Le déjeuner comprenait café, lait, gruau, bacon, jus de fruits et œufs. Le dîner pouvait être composé de soupe, viande et légumes, et omelettes. Au souper, on servait soit de la viande, soit du poisson, avec des légumes et des pâtes en accompagnement. Selon la saison, les internés recevaient également des pommes ou une salade. Le pain faisait partie de tous les repas. Les internés cultivaient aussi leurs propres produits dans les potagers.
 

Quartiers d’habitation

Les cabanes dans les camps d’internement étaient des structures en bois d’un seul niveau, de différentes tailles selon le camp. Ainsi, chaque cabane à Kananaskis accueillait 12 internés, alors qu’à Petawawa elles y logeaient chacune 60 internés. À Fredericton, la plus grande structure avait suffisamment d’espace pour 160 personnes.     

Les cabanes de Petawawa et Fredericton étaient équipées de toilettes, lavabos, douches et éclairage électrique. À Kananaskis, elles étaient éclairées par des lampes à huile avant l’arrivée de l’électricité, mais n’avaient pas de plomberie. Les internés utilisaient donc des latrines collectives. Partout, les cabanes étaient meublées de tables et de bancs en bois, ainsi que d’un fourneau à bois pour le chauffage en hiver. Les internés dormaient dans des lits superposés recouverts de matelas peu épais.

Chaque cabane était affectée d’un numéro et représentée par un chef de cabane nommé qui servait de liaison avec le porte-parole du camp. Les internés devaient maintenir leur cabane dans en ordre. En effet, un commandant inspectait chacune quotidiennement, accompagné de la police militaire et du porte-parole.

Les cabanes étaient organisées selon des critères ethniques et politiques. Ainsi, les Italiens ne dormaient pas dans les mêmes quartiers que les Allemands, ni les fascistes avec les anti-fascistes.
 

Loisirs

Les internés se sentaient seuls et s’ennuyaient. Pour parer à cette situtation, on organisait des activités récréatives pendant les périodes calmes. Les détenus regardaient des films, lisaient et jouaient aux cartes et aux échecs. Les sports comme le hockey, le soccer, le baseball et le bocce rencontraient aussi un franc succès. À partir de décembre 1941, pour apaiser la tristesse des internés loin de leur famille durant la période de Noël, chaque année, une journée champêtre était organisée à Petawawa. Lors de cet événement aux allures de jeux olympiques, les internés se mesuraient les uns aux autres dans une variété de sports.

Côté artistique, les internés formaient des groupes de musique et produisaient des concerts. Les instruments étaient soit payés par les internés soit donnés. Des artistes comme Guido Casini et Guido Nincheri dessinèrent au charbon des portraits de leurs codétenus. Vincenzo Poggi a lui produit des esquisses ainsi que des peintures pendant son séjour. Certains internés fabriquaient aussi de délicates sculptures de bois.
 

Correspondance

Les internés avaient le droit d’écrire trois lettres et quatre cartes postales par mois. Les lettres ne pouvaient contenir que 24 lignes, et les cartes postales huit. On faisait une exception pour les détenus qui géraient une affaire et devaient répondre à des lettres du Bureau du séquestre des biens ennemis. Toutes les lettres étaient lues par un censeur. Ce dernier recouvrait d’encre noire les contenus jugés inappropriés. Il en allait de même pour le courrier entrant. Les lettres écrites en italien étaient d’abord traduites en anglais avant d’être lues par un censeur.

Les internés avaient le droit de recevoir des colis de leur famille. Ces paquets étaient soigneusement fouillés par les gardes avant la distribution. La plupart contenaient de la nourriture et des vêtements.

La réception de courrier représentait une occasion importante pour les internés. En effet, pour la majorité, ces lettres constituaient leur seul contact avec leur famille. Dans de rares cas, des membres de la famille se rendaient à Petawawa pour une brève rencontre avec un mari ou un père.

Pourquoi migrer?

Pendant le Risorgimento (résurrection), ou processus de réunification, des leaders républicains leaders tels que Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi font des promesses à une population principalement paysanne dans le but d’obtenir son soutien. Mazzini et les autres promettent que les terres seront redistribuées, les impôts diminués et la vie améliorée pour tous les Italiens. Toutefois, après l’unification, le quotidien de l’Italien moyen n’a que peu voire pas changé. Et la terre et les emplois se font toujours rares.

La majorité des Italiens ayant quitté l’Italie sont des paysans au début de leur vingtaine. La plupart sont partis pour trouver du travail et faire vivre leur famille restées au pays. Ces hommes envoient en effet une portion de leur salaire à leurs parents ou leur femme. Dans de nombreux cas, les immigrés italiens ont l’intention de réunir suffisamment d’argent pour rentrer en Italie et y acquérir des terres. Cependant, les réalités du travail à l’étranger, salaires maigres, coût élevé de la vie et insécurité professionnelle, rendent les économies difficiles.

Les femmes émigrent en général en compagnie de membres de leur famille. Si leur situation professionnelle diffère de celle des hommes, les femmes appartiennent tout de même à la main d’œuvre immigrée et contribuent aux revenus de leur famille.

La vie au Canada :

du la fin du Dix-neuvième siècle à la Seconde guerre mondiale

Dès les années 1500, les peuples de la péninsule italienne commencent à se déplacer pour trouver du travail. Cependant, la migration en masse ne débute réellement qu’après l’unification de l’Italie en 1861. Durant cette période, le Canada ne constitue pas le premier choix de nombreux Italiens.

Entre 1876 et 1942, environ 18,5 millions Italiens migrent vers d’autres régions de l’Europe, l’Afrique du Nord, l’Australie, ainsi que l’Amérique du Nord et du Sud. Du fait d’une industrialisation et d’un besoin de main d’œuvre accrus, les États-Unis s’imposent comme une destination privilégiée. De 1890 à 1920, 14,5 million d’Italiens s’y installent. En comparaison, seuls 126 000 Italiens émigrent au Canada, pays alors en quête de main d’œuvre bon marché pour l’extraction minière, le travail en usine et la construction. Au fur et à mesure de leur installation à l’étranger, les Italiens apportent avec eux des pratiques culturelles et politiques nées en Italie.

La vie d’immigrant s’avère difficile. À l’époque, on donne aux Italiens les travaux les plus laborieux et dangereux. De plus, ces derniers se trouvent sans sécurité d’emploi et rencontraient parfois de la discrimination. S’efforçant de réaliser des économies avec leur maigre salaire, les Italiens mènent souvent une vie frugale.

 

Premières entreprises

Malgré les difficultés rencontrées en tant qu’immigrants au Canada, certains Italiens montent leur propre affaire pour fournir des services dans leur communauté et au-delà. Cabinets médicaux, cordonneries et épiceries deviennent alors partie intégrante des quartiers italiens. Dans ces affaires souvent tenues par des familles, on voit régulièrement maris, femmes et enfants travaillaient côte à côte.
 

L'Entrepreneur

Autre vocation populaire : la construction. L’un des exemples marquant de réussite dans ce domaine est James Franceschini. Cet habitant de Toronto a en effet fait fortune après avoir établi Dufferin Construction et obtenu des contrats lucratifs de divers gouvernements provinciaux pour des constructions routières et autres projets.
 

Vie communautaire

À l’époque, les migrants italiens viennent souvent rejoindre des membres de leurs familles ou paesani déjà installés au Canada. De ces relations, naissent les communautés italiennes à travers le Canada. Villes et villages voit alors pousser des Little Italies, sortes de refuges dans une société canadienne parfois hostile. Dans ces quartiers, un migrant peut s’exprimer dans un dialecte particulier sans avoir à recourir à l’anglais, tout en conservant ses pratiques culturelles apportées d’Italie. Les Italiens y célèbrent les fêtes traditionnelles, assistent à des messes en italien, fréquentent des restaurants italiens et magasinent dans des épiceries proposant des produits importés d’Italie.

 

Organismes communautaires

Les immigrés italiens forment également leurs propres organismes sociaux. Le plus importants d’entre eux, l’Ordre des fils de l’Italie (OFI), fait son apparition au Canada en 1915. Parmi ces groupes, figurent aussi l’Ordre des Italo-Canadiens et la Società di Mutuo Soccorso la Trinacria. Pour une cotisation mensuelle, ces organismes offrent à leurs membres des avantages en cas de maladie ou de décès. Par ailleurs, ils organisent régulièrement des levées de fonds en soutien à leur action.
 

Presse Italo-canadienne

Avant la Seconde guerre mondiale, la presse traditionnelle canadienne n’évoque pas les communautés italo-canadiennes. Par conséquent, dès les années 1890, les Italo-canadiens établissent leur propre presse et bientôt, des journaux tels que L’Araldo del Canada de Montréal et Il Progresso Italo-Canadese de Toronto couvent les événements d’Italie et des communautés italo-canadiennes qu’ils servent. Ces publications patriotiques soutiennent le gouvernement italien mais aident aussi les immigrés italiens à s’intégrer dans la société canadienne. Les journaux explicitement fascistes commencent eux à apparaître dans les années 1930.

 

La montée du fascisme

Philosophie politique de droite née en Italie vers la fin de la Première guerre mondiale, le fascisme glorifie l’état, le nationalisme, la guerre et l’empire.

En 1919, certains Italiens commencent à saisir et occuper des usines dans le but de renforcer le pouvoir des ouvriers. Par conséquent, les riches propriétaires et industriels font appel au Premier Ministre Giovanni Giolitti pour restaurer l’ordre. Mais ce dernier n’agit pas de manière résolue et ces élites organisent des groupes connus sous le nom de Chemises noires, d’après la couleur de la chemise qu’ils portaient. Ces groupes forment la base du mouvement fasciste italien. Alors que l’influence du fascisme commencent à s’étendre, particulièrement après la Marche sur Rome, le Roi italien Vittorio Emanuele III invite Benito Mussolini, leader du Parti national fasciste (PNF), à former un gouvernement en octobre 1922.

Dès ses débuts, le régime autoritaire de Mussolini utilise violence et meurtres pour réduire ses critiques au silence. En 1924, des sympathisants du PNF assassinent ainsi Giacomo Matteotti, membre socialiste de la Chambre des députés italienne, à cause de ses discours anti-fascistes. Quatre ans plus tard, tous les autres partis politiques sont déclarés illégaux et la liberté de presse abolie.

Les leaders des pays occidentaux semblent ignorer ces réalités. Au milieu de la Grande Dépression, le fascisme apparaît comme une puissante solution contre des économies en déperdition et la menace du socialisme. En réalité, l’Italie ne se trouve pas en meilleur état que les autres pays dans les années 1930.

Dans son journal, William Lyon Mackenzie King décrit Mussolini comme « un homme véritablement remarquable de force de génie, aux fins nobles, et un grand patriote » (The Diaries of William Lyon Mackenzie King, 27 septembre 1928, page 271). Et au début des années 1930, Winston Churchill appelle Mussolini le « Génie romain… le plus grand législateur parmi les hommes » (Winston S. Churchill, Volume V: Prophet of Truth, 1922-1939, pages 456-457).

Ces regards positifs sur Mussolini changent après l’invasion de l’Éthiopie en octobre 1935. En guise de réponse, la Ligue des Nations vote alors en faveur de sanction contre Italie, sanctions qui s’avéreront d’ailleurs des plus inefficaces.

L'anti-fascisme

Les activités fascistes ne furent pas sans opposants dans les communautés italiennes et non-italiennes du Canada. Les anti-fascistes, terme général regroupant communistes, socialistes, anarchistes et libéraux, interrompaient les événements fascistes, exposaient l’enseignement du fascisme dans les écoles d’italien locales et engageaient des batailles dans la rue et dans la presse.

Dans les pages de La Vittoria de Toronto ou de Il Risveglio de Montréal, les anti-fascistes levaient le voile sur la sombre réalité de la vie en Italie et faisait appel aux Italiens pro-démocratie du Canada pour former un front uni contre le fascisme.

L'escalade vers la guerre

Les causes de la Seconde guerre mondiale remontent principalement à l’issue de la Grande Guerre. En effet, le Traité de Versailles a forcé l’Allemagne à endosser la responsabilité de la Première guerre mondiale. L’Allemagne a alors accepté de payer d’importantes réparations aux Alliés, de voir ses frontières rétrécies et de perdre toutes ses colonies africaines. Ce traité lui a également interdit de rebâtir son armée.

Cependant, dès le début des années 1920, l’Allemagne commencent à manquer à ses paiements. Ses citoyens font face à de grandes difficultés économiques et le pays commence à se réarmer.

Après l’arrivée au pouvoir des Nazis en 1933, Adolf Hitler, le dictateur fasciste allemand, cherche à regagner les territoires perdus par le pays en Europe comme en Afrique à cause de la Première guerre mondiale. Il désire également conquérir de nouveaux territoires pour créer un Empire allemand. En 1938, l’Autriche se voit annexée par l’Allemagne. Le premier septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. En conséquence, la France, la Grande-Bretagne et les pays du Commonwealth déclare la guerre à l’Allemagne.

En mai 1939, l’Italie et l’Allemagne signent un traité connu sous le nom de Pacte d’acier, dans lequel les deux puissances s’engagent à s’entraider en cas de guerre. Cependant, en septembre 1939, l’Italie hésite à se joindre à l’Allemagne. Mussolini sent qu’il lui faut plus de temps pour préparer l’armée, l’économie et le peuple italien lui-même à un conflit européen. La France se trouvant au bord de la défaite, le 10 juin 1940, Mussolini entre en guerre aux côtés de l’Allemagne. Il pense en effet que la guerre sera de courte durée et se soldera par la victoire de l’Allemagne.

D'après la loi

La loi sur les mesures de guerre* a été introduite par le gouvernement de Robert Borden pendant la Première guerre mondiale. Cette loi conférait au gouvernement fédéral des pouvoirs illimités pour assurer la protection du Canada contre toute menace interne ou externe susceptible de compromettre sa capacité à faire la guerre. La loi a permis d’interdire les organisations politiques subversives et de suspendre les publications de journaux en langue étrangère. La loi sur les mesures de guerre a également permis l’internement de résidents nés dans des pays ou empires en guerre contre le Canada.

Pendant la durée de la Première guerre mondiale, un certain nombre d’amendements ont été ajoutés à la loi sur les mesures de guerre. Ces amendements ont ensuite été révisés juste avant le début de la Seconde guerre mondiale avant d’être connus sous le nom de Règlements concernant la défense du Canada. 

Les Règlements concernant la défense du Canada ont été introduits en septembre 1939, avant la déclaration officielle de guerre du Canada contre l’Allemagne. Une fois l’Italie engagée aux côtés de l’Allemagne, ces règlements ont commencé à affecter les Italo-canadiens. Ils permettaient en effet au Ministre de la justice d’interner tout individu soupçonné d’agir « de manière préjudiciable à la sécurité publique ou la sécurité de l’état » (Règlements concernant la défense du Canada, 1939, p. 29). Sous ces règlements, l’habeas corpus (fait de devoir produire des preuves contre un interné), ainsi que le droit à un procès équitable ont été suspendus.         

Ces mesures ont également forcé certains Italo-canadiens, nés au Canada ou naturalisés, à s’enregistrer auprès des autorités et se signaler de manière régulière.

Sous surveillance

Des listes d’Italo-canadiens à interner en cas de guerre avaient été compilées par la GRC bien avant juin 1940, information partiellement reccueillie par la lecture de la presse fasciste au Canada. En effet, les fascistes avaient tenté de prendre le contrôle d’associations italiennes culturelles et caritatives, telles que l’Ordre des fils de l’Italie (OFI), avec l’assistance de consuls italiens. Les rapports de l’OFI dans les journaux fascistes décrivaient l’organisme tout entier et ses membres comme fascistes, ce qui n’était pas le cas.

La qualité des preuves contre les internés variait : les unes solides, les autres plus faibles. Certains de ces détenus apparaissaient en chemises noires dans des photographies, alors que d’autres liens avec les activités fascistes semblaient plus ténus, comme le fait de jouer avec une équipe de baseball organisée par le Dopolavoro.

Même l’internement de fascistes actifs s’avérait parfois incohérent. Le Montréalais Gentile Dieni, dont les convictions fascistes l’ont poussé à s’inscrire au Fasci Italiani all’Estero et à aller combattre en Éthiopie, a passé plus de trois ans en camp. Toutefois, Etelvina Frediani, fiduciaire du Fascio Femminile de Toronto, dont l’activisme fasciste a interféré avec sa capacité à maintenir un emploi, n’a pas été internée.

 

Informatuers

La GRC recourait également à des informateurs issus de la communauté italo-canadienne pour identifier des personnes soupçonnées de fascisme. Les motivations de ces informateurs variaient : certains fournissaient des renseignements aux autorités à cause de leurs convictions anti-fascistes, tandis que d’autres cherchaient à se faire bien voir pour obtenir la libération de membres de leur famille internés. Dans au moins un cas, un informateur a agi par vengeance personnelle.
 

Devenir l'ennemi

Dans une discours prononcé le soir du 10 juin 1940, le dictateur italien Benito Mussolini a informé ses auditeurs que des déclarations de guerre officielles avaient été envoyées aux gouvernements de l’Angleterre et de la France. En quelques minutes, la nouvelle avait atteint le Premier Ministre canadien Mackenzie King. Rapidement, l’ordre fût donné à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d’arrêter les « personnes de nationalité et d’origine italienne… capables de commettre des sabotages et autres actes préjudiciables au bien-être [du Canada] en cas de guerre avec l’Italie » (Norman A. Robertson, Ministère des affaires extérieures, à Ernest Lapointe, Ministre de la justice, le 29 mai 1940, Bibliothèque et Archives Canada). Cela concernait les individus nés Italiens, résidant au Canada, appartenant au fascio.

La décision de Mussolini d’entrer dans la guerre aux côtés de l’Allemagne a eu maintes répercussions sur les Italo-canadiens. Si certains ont subi les arrestations en masse et l’internement, d’autres ont vécu avec la désignation d’étranger ennemi, la perte de leur travail, les insultes verbales et la violence. Les familles ont dû faire face à l’absence de parents internés. Dans de nombreux cas, cette situation a engendré de grandes difficultés.

 

Arrestations en masse

Dans la demi-heure qui a suivi la déclaration de Mussolini, la police aux niveaux fédéral, provincial et municipal a été mobilisée et a commencé les arrestations à travers tout le pays. Les suspects étaient interpelés sur leur lieu de travail et leur maison fouillée par les officiers à la recherche de preuves.

Une fois aux mains de la police, les Italo-canadiens étaient emmenés dans des prisons locales en attendant leur transfert vers les camps d’internement. La majorité d’entre eux n’avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle ils se trouvaient dans cette situation. On ne les informait pas non plus de leur sort prochain.

Les camps d'internement

Pendant la Seconde guerre mondiale, 26 camps d’internement se trouvaient au Canada. Les hommes italo-canadiens étaient affectés à trois d’entre eux :
 

Kananaskis, Alberta

Bâti pour les Germano-canadiens en 1939, Kananaskis a reçu environ 48 Italo-canadiens de l’ouest du Canada en juin 1940, avant leur transfert à Petawawa, en juillet 1941. Les communistes de la région y ont également été internés. Internés Francesco Federici, Federico Ghislieri, Frederick Lenzi et Pietro Ruocco ont été libérés du Kananaskis.
 

Petawawa, Ontario

Construit en 1904, Petawawa a d’abord servi de base de formation militaire. Puis, pendant la Première guerre mondiale, il a été utilisé comme camp d’internement pour les Germano-canadiens et les Austro-canadiens. En 1939, ce camp est ensuite devenu un lieu de détention pour les étrangers ennemis, accueillant des Canadiens d’origines allemande, italienne et japonaise tout au long de la guerre. La majorité des Italo-canadiens de l’est et du centre du Canada ont été envoyés à Petawawa en juin 1940.
 

Fredericton/Ripples, Nouveau-Brunswick 

Créé en juillet 1940, le camp Fredericton a accueilli les Italo-canadiens internés à Petawawa encore considérés comme une menace par la GRC en juillet 1942. Ce camp était unique en son genre dans l’est du Canada. Les premiers internés, 517 réfugiés juifs, avait fui l’Allemagne nazie pour le Royaume-Uni. À l’époque, Winston Churchill a remis en doute la loyauté de ces derniers et les a envoyés au Canada. Ils ont plus tard été libérés et remplacés par des Germano-canadiens et des membres de la marine marchande allemande et italienne.

Réalité et fiction

Il demeure difficile d’obtenir des chiffres fiables. Les données fournies ci-dessous sont tirées de nos recherches et de sources que nous sommes en mesure de confirmer. Toutefois, certains chiffres, tels que le nombre d’hommes internés, sont susceptibles d’évoluer au fur et à mesure que nous compilons et vérifions l’information extraite de nos recherches.

Résidents italo-canadiens au Canada en 1940

112,625

Hommes italo-canadiens internés

587*

Femmes italo-canadiennes internées

4

Âge moyen des internés

Disponible prochainement

Internés naturalisés

235*

Internés nés au Canada

22

Internés ayant une famille (%)

63%*

Période d’internement la plus courte

Lorenzo Baiocchi, 9 jours*

Période d’internement la plus longue

Nello Trasciatti, 5 ans*

Italo-canadiens déclarés « étrangers ennemis »

31,000 (Rapport annuel de la GRC, 1941)

Interné italo-canadien le plus jeune

Roy Orlando, 16*

Interné italo-canadien le plus âgé

Luigi Bianco, 67*

Internés à Kananaskis, Petawawa et Fredericton

5* – Sam Valente, Mario Vincenzo Ghislieri, Adolfo Mauro, Fred Tenisci, Antonio Rebaudengo

 

Souvenirs de la Seconde guerre mondiale

Les Italo-canadiens comme étrangers ennemis

Le 10 juin 1940, les Italo-canadiens sont devenus l’Ennemi.

Le dictateur Benito Mussolini est entré dans le conflit aux côtés de l’Allemagne, déclarant la guerre à la France et la Grande-Bretagne. Dans les minutes qui ont suivi cette annonce, le gouvernement canadien a donné l’ordre à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) d’arrêter les Italo-canadiens considérés comme une menace à la sécurité de la nation.

En application de la loi sur les mesures de guerre*, 31 000 Italo-canadiens ont été officiellement désignés comme étrangers ennemis. Parmi ces derniers, plus de 600 personnes ont été arrachées à leur maison et leur famille. Vus comme des sympathisants fascistes, voire des espions, ces Italo-canadiens ont alors été détenus dans des prisons et des camps reculés.

Aucun d’entre eux n’a été jugé officiellement devant un tribunal.

Les Italo-canadiens ont ressenti les répercussions de cette situation. En effet, dans de nombreux cas, les événements ont attisé la peur et les hostilités envers les communautés italo-canadiennes de tout le Canada, avec pour corolaire perte d’emploi, vandalisme, insultes et violences.

L’invocation de la loi sur les mesures de guerre par le gouvernement canadien se justifiait-elle? Ces individus étaient-ils des traîtres, des terroristes potentiels ou une menace à la démocratie canadienne?

Identité et ethnicité, impératifs de la guerre, défis de la démocratie et de la citoyenneté : cette exposition soulève de nombreuses questions. Conjuguant recherche historique et témoignages personnels, le projet se penche sur les réalités d’un pays en guerre et l’histoire racontée par son peuple.

En quête de réponse, cette exposition commence la narration d’une histoire difficile.

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